Chambre avec Vues

ClientCollaboration avec Thyl Détré
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«Une ville devient un univers lorsqu’on aime un seul de ses habitants.»

Le quatuor d’Alexandrie, Lawrence Durrell

Au sujet d’un échange photographique :

Chambre avec vues

Armelle Sèvre / Thyl Détré

Ostende. Deux personnes et une chambre. La mer du nord, sa jetée vide, deux passants. Un appareil photographique, un désir. La lumière traverse le verre de l’objectif, réflexion sur le miroir, prisme, elle arrive dans l’oeil. L’image se forme.

Chambres avec vues tisse un dialogue avec des bribes, réassemble des syllabes étrangères.Une chambre, un homme, une femme. Le reflet de l’homme. Le reflet de l’homme au bord de la mer. Un immeuble. Une seule fenêtre éclairée qui encadre son corps. Au loin, le corps de la femme.

Se voir. Ne pas se toucher. Le désir apparaît comme un effleurement par l’image. Et si les images s’originent dans le désir, le désir lui, est comme ce rayon lumineux, provenant d’une source lointaine, il passe par un prisme, se divise, s’éclate, dessine des variations, établit la distance. L’image d’un objet dans un verre d’eau calme est fracturée, son corps brisé, mais qu’en est il du désir quand il rencontre la mer du nord ?

L’image syncope sur elle-même, elle s’interpelle et se répond. Le miroir n’est pas un reflet. Les personnages éloignés se cherchent, se cadrent, se recadrent. Le miroir n’est pas un reflet, sa légère inclinaison permet l’observation du hors-champ, un hors-lieu de la relation. Une place est creusée, afin que s’y loge une troisième personne, ce nous de l’entre deux, ombre du désir.

Regardez donc ce couple sur la jetée, l’indécision d’un ensemble, la solitude de quatre pas, le conflit d’un mouvement pourtant à l’unisson. Le recadrement à nouveau questionne la scène. On y cherche le détail perdu, la preuve égarée qui pourrait rétablir l’harmonie d’un ensemble, la commissure d’un pli qui expliquerait le tracé du paysage.

Aller avec mais être sans. A force de se refléter, il est inévitable qu’une diffraction s’opère, qu’une césure naisse. Le pas dévie, les genoux flanchent, la main tremble, l’objectif s’incline. Il en va ici de l’éternel : «Reviens vas t’en». Je t’éloigne et te retiens. Je te photographie.

Mickaël Soyez